vendredi 22 avril 2016

Les confidences d'un saoul!




Quarante quatrième parution
 " Les confidences d'un saoul".
#44, avril 2016, Le Havre, France
Éditorial: extrait de Les confidences d'un saoul,
suivi de "La vieille harpe", deux extraits du manuscrit: Les confidences d'un saoul.
Dessin et Photo: C.L.M
Réalisation: C.L.M & E.A


©Photo et dessin: C.L.M


***

 Éditorial

                           Confidences d'un saoul

Je suis saoul; je saoule la vie avant de l'étreindre et me suis gavé de mots à l'ivresse facile. Je dis vague, sans consistance; je tangue...pour tout vous dire, mes phrases ne vivent que vingt-quatre heures; vingt-quatre petites heures, enivrées dans l'exil facile. 

Ils ont la gueule de bois mes mots saoulés à l'exil facile...je divague, ma prière tient dans le savoir, le savoir faire, l'aisance et toute la foi de Pontonoos; mon élégance titube en vers en ville...je suis saoul, et la nuit n'a qu'une couleur: le flou...elle fait tanguer le saoul la vie...

...la solitude, voulez-vous que je vous dise...je l'emmerde! Je l'emplis d'ennuis et d'intruses pour donner à boire à toutes les âmes errantes et travailleuses de nos intérieures croulant sous le poids d'un simple caprice...de solitude je m'occupe, je la fais tourner en bourrique, la bourrique...je l'emmerde...!

- Tu l'as vu?
- Oui
- Par où est-il allé?
- Qui sait!
- Comment ça qui c'est?
- Non, pas qui c'est mais qui sait?
- C'est pareil!
- Non, pas du tout!
- D'accord!
- Autant pour nous!
                                                  ***
 
...Il n'y a pas, pas de drame à vivre...J'aboie comme la nuit qui voit passer des ombres...j'astique les vitraux du ciel en époussetant le soleil...je n'ai relevé aucune brûlure de cette infamie...il devait s'agir d'une pleine lune; 

...et pourtant, une allumette m'a brûlé jusqu'aux cloques, m'a réduit à l'état dubitatif d'un gosse têtu consolé par sa mère...Merde alors! Ce veinard...riez-moi au nez pendant que je m’essuie les yeux...je ne vous vois pas, comme mon chapeau pare-soleil, mon paletot que je viens seulement à découvrir, mon foulard daté, comme toutes ces choses auxquelles je n'ai jamais vraiment porté attention...

Mon paletot aussi a besoin de solitude...c'est pour cela, durant mes balades je l'accroche fièrement aux étoiles; et mon foulard daté, je le pose à l'air...ce n'est même pas un foulard, mais un cache-nuque, ma canne...et mon chapeau sur un arbre quelconque...

                                                 ***
                                
                                     La vieille harpe

Tout artiste a, tout au moins, un vœu à noyer; il passe le plus clair de son temps à jouer la folie comme un orgue en harpe, un vieil orgue. Une porte qui grince...et voilà, l'artiste passe et la foule le regarde, il s'en va nulle part clame t-elle! tandis que lui, reste là, bien planté dans son rêve, une convenance, comme un pied de nez à la vie. 

La pastorale des ogres ne sait plus quoi faire pour arrêter sa marche; tilandeng, tu ne lâches donc jamais rien!...et, là où le soleil n'est pas...alors, le voilà qui s'en va y noyer son chagrin...c'est noir là-bas...mais, il y va quand même. 

Sachez que pour la plupart de ces artistes, certains font dans l'oubli, d'autres dans l'alcool, d'autres sont encore embourbés dans les nuits fébriles du monde...n'en parlons pas...sinon, il faudrait songer à passer une vie entière là-dessus...et on dit même que l'artiste n'a aucune corde à son arc...il n'a même pas un arc, cet artiste!

Un vœu n'est jamais lourd à porter...la plupart du temps, on ne le ressent même pas...mais, ne serait-ce par son ombre, il nous embaume le cœur comme une tombe qui attend son âme...et puis, vient à éblouir l'écran électronique, par son sourire et son essence, une fille qu'on apprend à peine à connaître...un poème nous brûle aussitôt les lèvres...:

" Mon ciel...mon amour, mon ange, que de frivolités pour ainsi dire la pureté...mon ciel, où je retrouve aisément mes pas, mes traits et manières, et toutes ces choses exceptionnelles, dans les nuits sans lune, où tes yeux dévoilent toujours ce soleil heureux, j'accroche ainsi ton sourire, maintenant et comme à chaque jour, dans le ciel pour dévoyer les dormantes incandescentes; 

...ainsi, ainsi s'en va mon ombre tranchant la nuit de prudence pour veiller un ange qui m'aide à tenir celle-ci en laisse...se retrouver si heureux sur cette route sans destination; demain aura un goût de fête...

E.A
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©Tous droits réservés/ruedesrumeurs/C.L.M&E.A/Le Havre, France, Avril 2016.
 

samedi 9 avril 2016

L'Anathème


Quarante troisième parution
 " L'Anathème".
#43, avril 2016, Le Havre, France
Éditorial: L'anathème, extrait de "ZENTE, 
suivis de "Ô grand arbre",  et les allumettes ...par E.A
Photo: C.L.M
Réalisation: C.L.M & E.A


©Photo: C.L.M
Éditorial: "L'anathème".

Il y a des soirs, le questionnement nous pointe tel un poignard pendu sur notre tête qui gueule un simulacre "non-sens". Et là! La brume, tel un bouclier, pose dans la nuit un goût errant, un éventail fait de galops de chevaux fanfares. La vie tangue dans les contretemps des vagues qui s'échouent aux cimes de nos galets chauves, pieds dans l'eau. Elle est comme ce que l'on croit voir dans un paysage, devant une fenêtre lamentant toujours la même vue [...]

***
Dehors, on voit passer les gens sans connaître une once de leur histoire; pourtant, nous arrivons à parler d'Histoire. Comment faisons-nous? Je me le demande. Nos vagues sont souvent, mortellement fébriles dans la danse d'un rêve déchu par la vulgaire arrogance des rois en mousse.

Extrait de "Zente", par E.A

                                      Au grand arbre

Ô Grand arbre, féru mendiant d'histoires passagères à raconter au vent...dompteur d'anciens hivers, conteur dérivé de la terre aimante, ton verbe prend toujours la forme d'un fruit que l'on déguste en tout temps;

Ô vieillard, toi qui tiens hymne du vacarme des moineaux, colibris, pies, pigeons, mouettes et goélands...sous ma fenêtre...

Tu regardes passer le monde à travers champs, piqué à l'envie pressante, à l'orgueil stérile, perdu dans l'espace sans fin des murmures sans nez, comme le mépris de ces chiens reniant les premiers coups de fouet pour l'amour du risque, pour l'amour d'un os mort.

Ô grand arbre de tous les temps, fils du soleil, toi qui sais si bien soumettre la neige, en la trouant avec ton ombre feuillue...grand chêne, rempart des songes poétiques des conteurs, le papier des heureux a maintenant ce goût d'encre mouillé...tout cela te laisse songeur, comme ce poète mangeur d'étoiles.

Tu te couvres des saisons pour allaiter, sans faille ni rancœur, tous ces cœurs désespérés dans la paille...ta parole est silence comme ton hymne est oisif...il nous faudra vivre ton songe, pleinement, pour espérer remonter le temps;

Ô grand arbre, tu as su garder en toi, de tout temps et malgré vents et  tant de mauvais temps, la mémoire de ta première feuille...

Grand mapou, la nuit te parle comme le jour te quitte...Les maîtres, après leur repas, viennent souvent perdre leur paresse dans ton ombrage; les amantes gorgées d'amour et de tendresse, aux seins pointus et excités, aiment tant se blottir contre tes branches pour penser en amour à leurs aimés damnés; le plus pauvre d'entre nous, à force d'écorchures aux pieds, orphelins des chaussures trouées, n'a hélas ni assez de souffle, ni assez de temps pour arriver jusqu'à toi...les rois meurent sans orgueil et réalisent souvent trop tard, bien trop tard, que toi seul sait véritablement comment enjamber le temps sans regret.

Et moi, ô arbre de nos vies, je t’épargne mes blessures...tu es immobile comme ta souplesse, fidèle et loyal comme le temps que tu gardes dans ton feuillage...il me revient de t'emmener au cœur de mon rêve où tu seras mon seul et unique arbre à vivre... 

Ô grand arbre, regarde moi cette forêt artificielle, antre de la hantise à l’érotisme asservie et des voyeurs pathétiques, où règne filles et fils de la discorde...même le vent qui s'y frotte te revient avec l'odeur de la panique; une panique de paille...

Ô grand arbre, fils de la terre au baptistère gazeux, tu n'héberges aucun loup dans tes contes...ils ont migré en ville, là où vivent aujourd'hui encore toutes ces fées jalouses d'Erzulie Freda; et où toute justice est fille du silence...


***

 Les allumettes

J'ai dans la poche
deux allumettes
une pour illuminer
l'espace millénaire
et une autre pour incendier
mon essence.



E.A


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vendredi 1 avril 2016

Excès



 Quarante deuxième parution
 " Excès".
#42, avril 2016, Le Havre, France
Éditorial: Extrait de: Entrelacs, par E.A
Photo: C.L.M
Réalisation: C.L.M & E.A


©Photo: C.L.M
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Éditorial


...je me suis réveillé avec un bouquet irréel dans les pattes et quelques rêves épars me suivant à la trace comme de ces fidèles errants que l'on embarque lors d'un pèlerinage...je n'arrête pas de penser à ces murs, ces cris, ces gens et tous ces bruits posthumes qui, autrefois, constituaient ce passage unique de ma vie...des moments empreints de cette douce nostalgie où sommeillent aujourd'hui encore tous les privilèges et les déceptions- directes et indirectes- que nous avons pu vivre (ou faire vivre aux autres) durant toute notre enfance...notre jeunesse...maintenant ou demain...des éclats nous parviennent...certes, ces derniers nous paraissent méconnaissables et pour la plupart passifs; mais, cette mémoire vive semble avoir le don de nous enfoncer dans une transe sans commune mesure; un cheminement vers les ténèbres avant de rejoindre cette île où la lumière nous paraît toujours si aveuglante, si prenante et si dense par sa profondeur que nous nous voyons souvent chérir l'envie de nous replonger illico dans l'inconnu, histoire de retrouver ne serait-ce, un semblant d'équilibre.


[...]


Nous portons nos cernes au creux de l’œil
cette vitrine rouge, où nos larmes chutent et
trépassent comme on lèche une vitrine
sans un sou sans un sou dans la poche
nous sommes dans le viseur des cibles translucides
et la suspicion circule en ville
nous sommes figés dans le jour
dans ce train-train quotidien
cette bâtisse inhabitable
dans cette traversée, étroite comme une tangente,
seuls nos souliers troués,
garderont encore un peu de mémoire de la route.

Extrait: Excès manuscrit,  par E.A
                                                                   ***


On pourra me lapider; ou me jeter tous les sorts du monde...je ne dévoilerai pas mon rêve

pour couvrir les cris de ces bons vivants, je me traînerai comme une ombre sans laisse, au bout de ces nuits bleues où le ciel porte une robe acajou

quel est donc ce trouble désir, ressemblant étrangement à ce péché véniel, sachant si bien transformer l'homme que je suis en ce lépreux que même la caresse du vent, que même la plus frêle des brises fait frémir

dans l'ordalie des aigles aphones, je plongerai mon soupir comme une épée dépourvue de toute conscience que l'on plonge dans le torse, avant de creuser ces galeries aveugles pour faire couler le sang dans tout le corps

comme une foule se libère d'une prison pensante; j'userai ardemment de ma soif de poésie; je me vengerai de moi pour amener mon rêve à l'embouchure du sommeil où tous les rêves se révèlent

j'ai été maudit; j'ai mangé la part des morts et scellé mon sort; cela ne pardonne pas...je trouverai bien refuge dans ce poème hanté qui sait si bien dorloter le poète...

on pourra me cracher au visage; je m'en moquerai comme si j'étais un enfant têtu
car je le sais, la seule bataille noble est celle que l'on gagne pour les autres...

ils étaient nombreux dans la cage aux folles...cages pourpres ceinturées de songes oubliés dehors, prospérant de peines et d'angoisses, de contre-temps et de mains dans le dos; intime anamorphose où l'on aperçoit,  à peine, les autres...

les uns scrutent les autres et voilà; à présent,  ils sont tous en rang...quand j'étais à l'école, je prenais un malin plaisir à dévisager celles et ceux qui forçaient les bambins comme moi à détourner le regard...



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