mardi 12 janvier 2016

Paroles de mémoire!


Publication spéciale
"Paroles de mémoire"
#12 janvier 2010-12 janvier 2016
Éditorial: E.A
Dessin et photo: C.L.M
Réalisation: C.L.M & E.A

#12 janvier 2010-12 janvier 2016

©Dessin et photo: C.L.M


 Éditorial
  
Paroles de mémoire


 " je parlerai à ce mur jusqu'à ce qu'il s'écroule..."

Enfin...cela fait maintenant six ans déjà que cette foule pleure en silence. Six ans depuis que -mère nature - a emporté avec elle près de trois cent mille de nos semblables dans son nuage de poussière...ici comme ailleurs, combien sont les plaies mal cousues...et combien de plaintes sans voix coincées dans les gorges?... 


...combien de mères, pères, sœurs et frères  prient en silence en poursuivant l'ombre de l'être cher qu'ils espèrent tant revoir...un être irremplaçable qui manque à l'appel...cet être pour qui on serait prêt à donner sa vie...ces pères et mères, sœurs et frères, fils et filles, neveux et nièces, cousins et cousines, amies et connaissances faisant acte de présence par leur absence chronique...

...combien sont toutes ces questions sans réponses qui ornent encore les lèvres de ces femmes et hommes que l'on croyait finis, mais qui s'entêtent à courser la vie...?...

...depuis ce 12 janvier, combien sont ces êtres figés dans le temps aux côtés de leurs morts près de la route, tendant la main dans l'espoir d'une aide, une aide pour porter et enterrer leurs morts -tout le monde le sait ça: un cadavre pèse toujours très lourd...-?...

...et tout ce que l'on trouve à dire c'est hélas!

 Et voilà...

au creux du couloir  des ventriloques
chevronnés chevauchant ce ciel hanté de bienheureux
dans la marche de la nuit
la lune aphone garde un trône où
le vertige porte le jour
dans l'étreinte des arènes d’outre-tombe


tic et tac
le temps a mille odeurs
qu'on ne peut sentir vivre
la hantise des rêves d'autrefois
nous avons donné au mur toute sa consistance et
sa surdité n'est qu'une folie en plus...

 ***

Extrait de: Excès manuscrit

 " (...) …il y a des échos de-ci, de-là; mais, « l’endroit où le monde évoque le plus Haïti, c’est dans l’oubli ». On oublie vite, on nous oublie vite (...)...".

 
Je suis blotti contre le mur d'un cachot où les ténèbres s’empressent pour engloutir mes ombres dans leurs entrailles. Je craque une allumette, j'allume une bougie, je brûle une feuille de papier, histoire de blesser la nuit, d'écorcher les ténèbres au cœur, de regarder mes chaînes et me dire  que demain, je les porterai au soleil, que je les blesserai à mon tour. Pas une goutte de sang ne coulera, mais je sais que je les blesserai quand même et je dirai, haut et fort : Merde, enfin libre !  
 ***
Pourtant, comment être libre quand tant d’autres sont encore enchaînés? Comment vivre libre à côté d'hommes qui ne le sont pas ? Comment est-il possible aujourd’hui encore que des hommes enchaînent d’autres hommes ? Je ne sais pas grand chose, mais il doit y avoir un sens à tout cela…
 ***
Je rêve souvent qu’un jour je verrai ce pays debout, libéré de ses chaînes. Cette terre projettera son sourire rayonnant à la face du monde. Ce tout petit pays, cette petite île, tellement perdue qu’on l’indique rarement sur les petites cartes géographiques, cette île si minuscule, mais qui nourrit des femmes comme Yanick, Ketly, Nedj, A.B, Emeline, Lumane, j’aimerais la voir marcher, j’aimerais la voir debout, j’aimerais la voir danser le Rara* comme une Marabou* le dimanche… 
 ***
Ce pays qui provoque la chair de poule  à l'évocation de son nom, ce pays qui porte à bras le corps des poètes, des faiseurs de rêve, des Marabou kreyol, des prêtres vodou, des idéalistes, des actionnaires, des machann peyi, des zantray peyi, des pitit peyi, des oiseaux, des plages somptueuses, des femmes magiciennes animant le jour dans leur course après la vie ... pourquoi ne se redresse-t-il pas, ce pays qui vit à vive allure, ce pays qui vit lentement, ce pays qui vit en tremblotant ?  

Debout kamarad !  

Debout !


 Bonne lecture et bonne visite!
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