samedi 19 septembre 2015

POUR UN REN DU TOUT...


Trente cinquième parution
"Pour un rien du tout"...
# 35, septembre 2015, Le Havre, France.
Dessin et photo: C.L.M
Editorial: C.L.M & E.A
Entrelacs: E.A
Réalisation: C.L.M & E.A



En guise d'éditorial: "Pour un rien du tout"... de C.L.M et E.A/suivis d'entrelacs de E.A.


©Dessin et photo: C.L.M

Pour un rien du tout...


Je suis vidée d’un tout et remplie d’un rien.

Est-ce ce rien qui pourrait

me remplir de tout?


                             Le tout c’est rien.
                            Le rien c’est tout.


Suis-je vide à ce point

pour me remplir d’un tout

qui n’est autre qu’un rien?
Est-ce ce rien qui me permet de penser au tout

ou ce tout qui me laisse cette impression du rien?
Peut-être ne rien penser du tout

serait tout...ce tout qui pourrait combler ce rien?
Rien ne sert de s’enliser d’un tout

ou d’un rien.



Il n’y a rien du tout.


C.L.M & E.A


***

Entrelacs



Mon âme

entrelacs

où baignent des nymphes folles

dans l'eau bouillante de mon volcan

en chaleur



mon ombre

rivière de lacs

perpendiculaires

prière femelle

des déesses emprisonnées...



ma vie

cour

des miracles
où la pluie virale
s'acharne à effacer les pas perdus

***

...nulle parole n'a l'aura du silence, nulle parole n'est aussi complète que le silence...
***

...dans le monde, il n'y a que deux types d'homme...ceux qui se prennent pour des dieux, et ceux qui espèrent le devenir... les autres essayent de les suivre à la trace...

***

...amoureux de toute la terre entière, vous seuls savez combien malheureux et vides nous laissent les défunts de nos heureux souvenirs...en palpant le cœur d'un amoureux, il y a de forte chance de tomber sur ce souffle qui bat la mesure comme pour narguer la mélancolie, avant d'embrasser l'avenir à corps perdu. Car, un amoureux croit toujours à demain...un amoureux espère toujours un meilleur lendemain...

***

Un poème ressemble trait-pour-trait à un labyrinthe...même pour son auteur. On ne sort jamais indemne de là...

***

...un amoureux de la vie répète souvent: "pour un rien du tout, je suis prêt à t'offrir le monde"...

***


...une plaie mal cousue ou une cicatrice n'est rien d'autre qu'un souvenir que le temps nous impose...


***

....quand les hommes sauront comment enlever les clôtures du ciel, le paradis ne sera qu'un amas de rêves, d'espérances, de souhaits et de peurs...

***
...tic tac, tic tac... le temps passe, sans qu'on s'en aperçoive...






Bonne visite à toutes et à tous!

N'hésitez pas à  partager nos publications et  nous laisser vos impressions!


  ©Tous droits réservés/ruedesrumeurs/Le Havre, France.





samedi 12 septembre 2015

LA LETTRE!



Trente quatrième parution
" La lettre".
# 34, Le Havre/Septembre 2015.
Dessin et photo: C.L.M
La lettre de E.A (extrait de "La page").
Réalisation: C.L.M & E.A





©Dessin & photo: C.L.M



La lettre: une ville souterraine
 

 …,  Quand je suis arrivé ici, j’ai reconnu trente ans  après l’odeur de la salle d’accouchement où ce maudit médecin m’a posé dans les bras de cette dame que j’ai toujours aimé appeler maman. J’étais revenu avec ta maman. La ville ne dormait pas à ce qu’on m’a dit. Il parait que mon père voulait fêter ma venue. Il avait convié du monde qui venait s’ajouter à la longue liste de noms de notre famille.
 
Je suis né dans un bal, mon fils, vois –tu. Je ne sais pas pourquoi, ne me le demande même pas. Alors j’ai appris à fuir le bruit. Pourtant, j’aime entendre toutes ces voix reconnaissables et reconnaissantes ; je déteste le silence quand je ne suis pas armé d’un livre. Mon père m’avait initié à la lecture et j’ai fait de mon mieux pour te transmettre le seul bien que j’estimais correcte: un livre. 
 
Un livre cache toujours au moins un secret. Ce que tu regardes peut l’être ou pas, si seulement un groupe d’hommes est capable de se montrer pour mieux se cacher, capable de se supporter, capable de vivre au cœur des ténèbres en passant leur temps à rire de ceux dont ils souhaitent accélérer la perte.  Le vent tourne mon fils...
 
Le monde est fait de gestes, de bruits, de manières que l’on ne comprend pas toujours. Tu sembles avoir une âme en plus de celle qui faisait rire tes camarades tant tes remarques ressemblaient à celles d’un petit farceur né. Ils t’ont vu spécial. Je crois qu’ils avaient tous raison. Tu es spécial mon fils et c’est mon unique fierté. 
 
J’aimais accompagner ma lecture d’une douce musique jouée en sourdine ou encore d'une émission de radio sur les lettres. J’aimais écouter le monde. Je riais souvent. J’aimais rompre cette routine qu’est la vie et ses nouvelles manières qui envahissent le monde des savants et des génies en tout genre...
 
Tu dois savoir que dans les livres et en dehors, cette ville reste fragile. Alors ta curiosité,  ton sens de l'observation et ta capacité à te faire passer pour le nul sont des atouts que tu possèdes afin de lutter contre toi-même et  ce royaume où les perroquets font la pluie et le beau temps...
 
Agir, il fut un temps, était vivre. Aujourd’hui vivre c’est mourir un peu plus chaque jour.

Dans  certaines situations, Boby, il faudra agir comme un enfant et voir comment font les grands. Avec un peu de chance, tu sauras choisir tes repères. Tu dois agir à l’instinct, sinon tu réaliseras trop tard que c’était bien trop tard.  Un mot partagé dit beaucoup sur qui on est; alors, mesure ce que tu donnes aux autres, nous ne sommes pas si riches avec une langue facile. Alors serais-tu prêt à écrire un roman que tu pourrais titrer : Conseils.  Tu ne le feras pas, on s’aime trop pour cela.
 
Prends un peu de temps, quand  tu en auras, pour planter un arbre au nom de nos grands-pères, et tu comprendras.
        
Te rappelles- tu l’histoire des hyènes que je t’ai racontée. Te rappelles-tu ? Tu dois être mort de rire ou de pudeur. Car une histoire comme celle-ci n’est pas à faire vivre à un enfant. Pourtant papa l’a fait. Je te demande pardon si tu le veux bien. Ne dis rien ! Je connais ta réponse.  
 
Alors:
 
 C’est l’histoire d’un village d’animaux où le lion a cessé de régner en tant que roi. Ce dernier, était déchu de son trône, par une bande de galeuses à la gueule émeutière, qui rasait le plateau des autres animaux tous les jours.   Le lion, Roi de cette petite jungle, soucieux de plaire à toute sa bande et garant de cette demeure hostile, s’est vu offrir des proies faciles; ce dernier a signé sa perte car il était si avare des compliments que même le plus malheureux des animaux savaient comment l'amadouer. Il s’est laissé faire comme à « l’accoutumée » dans cette petite jungle.  Quelques temps après sa déchéance, la bande  de hyènes prit le contrôle de la Jungle. Celle-ci, en peu de temps, avait transformé la jungle en une espèce de champs de foire en construction, un « no animal’s land ». A ce qui se dit, ces dernières continuent aujourd'hui encore à sniffer les entrailles de la terre à la recherche des cadavres enterrées.
        
Il y avait également dans cette jungle, un couple de singes; mais, face à cette situation catastrophique, il demeura pour une fois silencieux. "Si le Roi ne dit rien, alors tout doit rouler comme sur des roulettes", pensait-il. Les rares qui ont tapé sur la poitrine et des pieds ont failli perdre gros; alors, tout le monde s’est tu.
 
Sous les pieds d’un des singes, dans la petite demeure qu’ils se léguèrent de génération en génération, il y avait une mine. Et celle-ci resta pendant longtemps hors de portée du Roi et des hyènes qui venaient de prendre le pouvoir.
 
 
©Dessin & photo: C.L.M
 
Et, en plus des Hyènes, une situation invraisemblable s’est produite, dans cette jungle hors contrôle. Des requins avaient réussi à secouer la terre jusqu’à amener la mer au pied de la jungle.  Un des singes, différent, effacé et sans aucun talent, allait pourtant avoir la chance de sa vie. Il a découvert enfin qu’il n’était pas seul au monde malgré que leurs géniteurs aient été décimés par une maladie contagieuse; et qu'il pouvait, à tout moment, compter sur le seul qui lui ressemblait. Alors il s’est mis à rêver pour et avec lui, voir comment sortir de ce fléau, orchestré par cette meute mutante: Hyènes et requins.  Eux aussi, allaient être chassés à leur tour.
 
Depuis ce drame, les deux singes avaient décidé de vivre loin de la jungle...très loin de ce royaume où, même des perroquets ne songeaient qu'à renverser les hyènes pour régner à leur tour. Ils avaient trouvé mieux à faire en écrivant leur testament. Cette phrase n’a certainement pas sa place ici. Mais tu comprendras. Si les Hyènes viennent à chasser  un lion- Roi de la jungle-, si des perroquets se mettent à rêver de pouvoir, et si des requins arrivent à respirer même en dehors de leur élément, alors, c'est qu'il est grand temps de partir....c’est très mauvais signe.
       
  Alors, le couple de singes et le lion ont décidé de laisser au temps le privilège de deviner l’avenir, en continuant paisiblement leur aventure de vie.
 
Il y avait eu un vieux pour me raconter cette histoire. A ton tour maintenant, assure-toi de faire en sorte qu’elle reste une histoire. Mais, tu dois la vivre autrement. Cette histoire ne se retrouve dans aucun livre Boby. On me l’a racontée.  Mon fils, on ne reconnait une mine qu'à l'acharnement de ces  femmes et ces hommes qui creusent la terre, sans aucun répit, à la recherche de trésor et de cadavres en tout genre. Je veux parler de ces hommes que les femmes serrent fort quand ils rentrent à la maison, ces soldats sans armée et ces génies de toute sorte.
 
De nos jours, on assiste à ce ballet où: les sourds crient avoir tout entendu, et les aveugles revendiquent le droit de  mener les autres. Souvent. Voire trop souvent.  Sous tes pieds, se tient un équilibre centenaire. Alors, tu dois continuer ta marche; tu dois faire attention à là où tu poses ton regard et ta plume; garde avec toi une feuille au cas où une idée parviendrait à sortir de cette bouilloire qu’est ta tête.   
        
La vie n’est que réalités, mythes et fantasmes en tout genre ; La vie n’est qu’une illusion dans les yeux des hommes comme nous...Pour cela, je pense que nous savons tous les deux qu’une seule vie ne suffirait pas pour  en parler. Alors contente-toi de nous lire. Oui, je viens de te donner un ordre.  A toi de voir. 
 
Ton père qui t'aime.



© Tous droits réservés, ruedesrumeurs/C.L.M & E.A/
Le Havre/France.






dimanche 6 septembre 2015

POUR L'AMOUR D'UNE ROSE.



Trente troisième parution
"Pour l'amour d'une rose".
No: 33, Septembre 2015, Le Havre/France.
Photo et Dessin: C.L.M
Réalisation: C.L.M & E.A


©Dessin et photo: C.L.M





Dans ce numéro: (Dessin et photo, CLM/pour l'amour d'une rose, de E.A)


"Il était une fois un petit village d’environ une dizaine d'âmes, où vivaient une abeille, une rose et une araignée". 
 
 ***

Je marchais seul dans la nuit, quand le vent est venu se frotter à moi ; tintait alors dans mon être cette musique, dit l’araignée ; cette mélodie sourde, soudaine et intempestive  résonnait dans mes oreilles comme l’amplitude d’un écho sans commune mesure qu’on pourrait entendre jusque dans les entrailles de l’univers. Et si on venait à m’entendre se mit elle à penser.

Prélude:

  « La nuit sort souvent les charrues  quand le jour part se coucher en emportant avec lui le rêve des bœufs…Legba seul le sait que nul chasseur de liberté ne se libère de la nuit sans un aveu; ewa au soleil comme à la nuit, le jour ne m’en voudra pas. ».

L’araignée a gardé avec elle, ce poème de la rose comme ses prières que nous autres portons avec nous, dans le rêve,  pour éloigner le malheur.
 
La maitresse ! La gaillarde ! Elle éveille avec elle, même les ombres du jour: là, où lamente le soleil qui, de plus en plus souvent, reçoit le ciel en pleine face caché derrière ces bretelles de pluie. 

 "Un corps blessé est comme un cœur mélancolique, disait la rose".
 
Prélude:

« On rentre dans la nuit comme on rentre dans l’éternité ; et pour approcher l’éternité tout homme se doit d’être un blessé. A chaque fois qu’une âme en âge de comprendre le monde refuse de faire face aux injustices, un esprit quitte cette terre sans son dernier aveu...

Cela ne sert à rien de courir dans la nuit; on  risque de ne pas atteindre notre destination. Car, dans la nuit, les trous sont aussi malins que des araignées chasseuses de mouches rongées par le sommeil ; ça,  il faut bien le croire. Même le cœur s’affronte quand il faut tirer au clair ses sentiments… ». 

Ceci n’est pas une prière, mais un aveu. 

L’araignée.
 
- Elle a une histoire particulière, ma rose. Elle a failli ne pas voir le jour. Si seulement un courant d’air ne gambadait pas par-là, terrant, dans son lit, le pauvre clown d’agent Ding chargé de chasser ses essaims d’abeille de la vielle ville; si ce dernier n'avait pas volé à son secours, entrainant ainsi, avec lui, une abeille qui tenait à faire don à la terre de sa graine , elle ne serait peut-être même pas ici à attendre le soleil pour lui adresser un vœu en espérant que ce dernier l’exauce.

- « Fleur soleil, rose fatale, la nuit tamponne tous tes secrets. Mais, ton rayonnement dans le jour sonne comme un aveu de la terre au soleil quand la lune traîne dans le jour".
 
Ces mots résonnent dans l’esprit de l’araignée comme un rêve au paradis. Comment une rose peut-elle tomber dans les bras d’une araignée, se demandait-elle ?

Seul à l’impossible tout semble possible.

L’araignée héberge en elle, une artiste hors pair. Bien que les artistes comme elle s’essayent souvent à l’exercice de la vague au visage sans reflet, se voir ne lui plaisait pas pour la rose.

- Une bête de la nuit comme moi ne peut espérer une telle faveur d’une rose aussi fatale, disait-elle. Moi, la simple mangeuse d’insectes ; moi, cette pauvre tapissière. Comment une rose qui aime sourire au soleil peut-elle songer à épouser une araignée ?
 
Elle espérait que le vent pourrait arrêter de souffler pour ne pas emporter ses mots dans des oreilles qu’il ne fallait pas…

L’abeille.
 
- A la faveur du vent je vole tel un oiseau dans le ciel; et pour le désir des ailes, je rêve de frôler ta peau. Pour toute la tendresse de ton être, je veux ressentir les battements de ton cœur; mon amour, tu es ma prière de délivrance, ave maria mon Erzulie Freda, ma rose qui aime tant le soleil.

C’est ainsi que l’abeille voyait la rose. Une Erzulie belle comme le jour.

Le soleil était un dieu et un amant fidèle envers la rose; elle s’abandonnait à lui à ses premières lueurs. Il a un charme fou sur tous les êtres terrestres à ce qu’il paraît. Personne ne semblait résister à son charme. 

Mais, à ce qu’on laisse entendre, la rose avait un faible pour l’abeille; elle était folle du soleil, mais sentait battre son cœur à l’approche de l’abeille. Cette dernière passait souvent la voir en butinant, sans répit, les senteurs de ses doux pétales d’un rouge tendre, comme la peau d’une femme qu’on accable de doux baisers.  Cette rose était spéciale : cette déesse aux trois prétendants; cette étoile récoltée par la terre, épouse désignée du soleil dans le ciel. 

L’araignée.
 
- Quand elle pensait à la rose, l'araignée ressentait sa douceur et son odeur  dans les moindres parcelles de sa petite carapace noire. Pour la séduire, elle lui tissait toujours une de ses plus belles toiles, croyant pouvoir la cacher du soleil et l'éloigner de l’abeille qui prenait l’habitude de la couvrir de ses doux baisers. Cette parade n’était pas seulement une provocation, mais également un bouclier, un marquage de territoire et un dangereux piège pour les prétendants de la rose: le soleil et l'abeille. 

Le soleil.
 
- Ce jour-là, le soleil était muet, mais très voyant dans le ciel, s’extasiant de bonheur pour montrer le sourire du jour. Il était flamboyant, rayonnant un peu plus fort que d’habitude, histoire d’éblouir un peu plus le vol de l’abeille jusqu’à lui faire perdre la tête. Il tenait à faire ressortir les traits de la belle toile de l’araignée qu’il jugeait, pour le coup, d’une médiocrité implacable; Il voulait montrer à la rose, sa dulcinée, les faiblesses de ses amoureuses : une pauvre tapissière d’araignée et une abeille ponctuelle  comme une cloche provinciale. Car, quand il s’agît d’aimer et de défendre son amour, les idées ne manquent pas aux êtres de la terre…

Puis vient dans le contre-jour, aux premières lueurs, cette cérémonie des amours de la rose sous le regard de la lune. Et ce jour-là,  l’abeille n’était pas venu  butiner au cœur, mais le cœur de la rose, son amour ; plus que matinale, elle s’envolait en direction de celle-ci, sans même ressentir l’existence de ses ailes; la rose, de son côté, se terrait dans un profond sommeil, sous la toile que l’araignée insomniaque venait de lui offrir. L’abeille avait une détermination sans faille; elle tenait à réaliser un miracle par amour, s’il le fallait, en brisant le piège de l’araignée, sautant au coup de son amoureuse avant de l’embrasser avec encore plus de tendresse.
 
Celle-ci, dormait encore, comme si elle rêvait  sans même sentir les premiers rayons que le soleil lui envoyait pour lui souhaiter le bonjour, comme à chaque jour. La lune impuissante assiste, comme un juge sans mérite, à cette  explication entre trois amoureux que le destin de la muse existentielle croise pour l’amour d’une rose. 

L’abeille.

- Pardonnez moi ma rose, j’ai le devoir de rester entière, sobre et respectueuse en  votre présence, dit fièrement l’abeille ; car, votre compagnie ne procure que douceur,  beauté et humilité tant que vous demeurez, même endormie, la plus belle des déesses de la terre…

Comme j’aimerais être ce dernier rêve qui vous garde encore un peu dans le sommeil, loin du soleil et de cette araignée qui fabule pour avoir vos grâces et vos généreuses faveurs, lança l’abeille, avec insistance, à la rose toujours plongée dans son sommeil.
 

L’araignée.-

- « Comment abonder après de telles flatteries, bien que véridiques à votre égard ma rose » lui murmure l’araignée, fatiguée de tisser des toiles d’amour en voyant ou en assistant passivement à ce fâcheux spectacle où des voleurs de reines s’acharnent à faire la cour à  sa douce rose...

Il est vrai que votre compagnie recouvre le temps de splendeur, de rayonnement et de douceur à l’infini; mais, méfiez-vous des flatteurs. Ils ont des ailes et rapportent souvent les dires des autres, Méfiez-vous Déesse merveilleuse…insista l’araignée auprès de la rose toujours endormie ».  

Le soleil.
 
Il était sage comme une tombe. Il se tordait de honte, malgré son rayonnement dans le ciel au cœur de l’aube qui rappelait  la beauté et l’énergie d’une jeunesse à fleur de l’âge; et, en dépit du  parfum de l’aube, son habilité à anticiper son réveil et de ses appels  de phare envers sa belle, la plus séduisante des roses de la terre, comme il le pensait, cette dernière dormait à pétales fermés; cette reine tellement courtisée se terrait dans son sommeil comme absorbée dans les bras d’un rêve qu'elle refusait de quitter volontairement. 

- "Ma douce, dit le soleil. Si la nature m’a placé à mille lieux de vous, elle doit avoir ses  raisons. En allant me coucher, j’emporte toujours avec moi votre image ma déesse pour embellir mon rêve ; quelle créature résiste à votre parfum de rose ? Je crains de nous brûler mutuellement, moi par ma chaleur et vous par votre fragilité, votre douceur, votre beauté et votre dévoilement.

Ma rose, lança le soleil, avec précaution; dormez ! si tel est votre souhait; mais, gardez-moi, ma douce, une place au centre de votre ciel; je fixe souvent la terre pour un regard envers vous ma reine. J’existe pour vous donner mon énergie, j’existe pour vous aimer d’énergie".

Un peu plus tard, nous avons appris que l’agent Ding avait finalement réalisé sa mission. Le seul pharmacien du coin l’a soigné. Clamant vouloir aider les hommes du village à se débarrasser des insectes qui rongeaient leurs plantations, ce merveilleux serviteur a déversé une dose mortelle d’insecticide dans le jardin communal, occasionnant la mort de la rose, l'araignée et l'abeille. 

Ce jour-là, la seule rose du jardin ne s’était pas réveillée. Elle paraissait inerte et sans aucun charme.

Et le soleil, pour marquer le coup, dans sa fureur et son désarroi,  demanda l’aide des nuages et des pressions qui les animent; et, dans le bruit du choc que seuls les éclairs connaissent le secret, ils ont fait trembler le ciel dans un torrent de tonnerre comme si la fin des temps était proche.

Une pluie furieuse se mit à tomber emportant avec elle, l’agent Ding et sa maison; et avant de rendre sa révérence habituelle à la nuit impatiente, il emporta une partie du ciel avec lui dans sa peine.

Il ne cesse de pleuvoir, depuis ce drame, à chaque printemps.



 
© Tous droits réservés, ruedesrumeurs/C.L.M & E.A/
Le Havre/France.