dimanche 6 septembre 2015

POUR L'AMOUR D'UNE ROSE.



Trente troisième parution
"Pour l'amour d'une rose".
No: 33, Septembre 2015, Le Havre/France.
Photo et Dessin: C.L.M
Réalisation: C.L.M & E.A


©Dessin et photo: C.L.M





Dans ce numéro: (Dessin et photo, CLM/pour l'amour d'une rose, de E.A)


"Il était une fois un petit village d’environ une dizaine d'âmes, où vivaient une abeille, une rose et une araignée". 
 
 ***

Je marchais seul dans la nuit, quand le vent est venu se frotter à moi ; tintait alors dans mon être cette musique, dit l’araignée ; cette mélodie sourde, soudaine et intempestive  résonnait dans mes oreilles comme l’amplitude d’un écho sans commune mesure qu’on pourrait entendre jusque dans les entrailles de l’univers. Et si on venait à m’entendre se mit elle à penser.

Prélude:

  « La nuit sort souvent les charrues  quand le jour part se coucher en emportant avec lui le rêve des bœufs…Legba seul le sait que nul chasseur de liberté ne se libère de la nuit sans un aveu; ewa au soleil comme à la nuit, le jour ne m’en voudra pas. ».

L’araignée a gardé avec elle, ce poème de la rose comme ses prières que nous autres portons avec nous, dans le rêve,  pour éloigner le malheur.
 
La maitresse ! La gaillarde ! Elle éveille avec elle, même les ombres du jour: là, où lamente le soleil qui, de plus en plus souvent, reçoit le ciel en pleine face caché derrière ces bretelles de pluie. 

 "Un corps blessé est comme un cœur mélancolique, disait la rose".
 
Prélude:

« On rentre dans la nuit comme on rentre dans l’éternité ; et pour approcher l’éternité tout homme se doit d’être un blessé. A chaque fois qu’une âme en âge de comprendre le monde refuse de faire face aux injustices, un esprit quitte cette terre sans son dernier aveu...

Cela ne sert à rien de courir dans la nuit; on  risque de ne pas atteindre notre destination. Car, dans la nuit, les trous sont aussi malins que des araignées chasseuses de mouches rongées par le sommeil ; ça,  il faut bien le croire. Même le cœur s’affronte quand il faut tirer au clair ses sentiments… ». 

Ceci n’est pas une prière, mais un aveu. 

L’araignée.
 
- Elle a une histoire particulière, ma rose. Elle a failli ne pas voir le jour. Si seulement un courant d’air ne gambadait pas par-là, terrant, dans son lit, le pauvre clown d’agent Ding chargé de chasser ses essaims d’abeille de la vielle ville; si ce dernier n'avait pas volé à son secours, entrainant ainsi, avec lui, une abeille qui tenait à faire don à la terre de sa graine , elle ne serait peut-être même pas ici à attendre le soleil pour lui adresser un vœu en espérant que ce dernier l’exauce.

- « Fleur soleil, rose fatale, la nuit tamponne tous tes secrets. Mais, ton rayonnement dans le jour sonne comme un aveu de la terre au soleil quand la lune traîne dans le jour".
 
Ces mots résonnent dans l’esprit de l’araignée comme un rêve au paradis. Comment une rose peut-elle tomber dans les bras d’une araignée, se demandait-elle ?

Seul à l’impossible tout semble possible.

L’araignée héberge en elle, une artiste hors pair. Bien que les artistes comme elle s’essayent souvent à l’exercice de la vague au visage sans reflet, se voir ne lui plaisait pas pour la rose.

- Une bête de la nuit comme moi ne peut espérer une telle faveur d’une rose aussi fatale, disait-elle. Moi, la simple mangeuse d’insectes ; moi, cette pauvre tapissière. Comment une rose qui aime sourire au soleil peut-elle songer à épouser une araignée ?
 
Elle espérait que le vent pourrait arrêter de souffler pour ne pas emporter ses mots dans des oreilles qu’il ne fallait pas…

L’abeille.
 
- A la faveur du vent je vole tel un oiseau dans le ciel; et pour le désir des ailes, je rêve de frôler ta peau. Pour toute la tendresse de ton être, je veux ressentir les battements de ton cœur; mon amour, tu es ma prière de délivrance, ave maria mon Erzulie Freda, ma rose qui aime tant le soleil.

C’est ainsi que l’abeille voyait la rose. Une Erzulie belle comme le jour.

Le soleil était un dieu et un amant fidèle envers la rose; elle s’abandonnait à lui à ses premières lueurs. Il a un charme fou sur tous les êtres terrestres à ce qu’il paraît. Personne ne semblait résister à son charme. 

Mais, à ce qu’on laisse entendre, la rose avait un faible pour l’abeille; elle était folle du soleil, mais sentait battre son cœur à l’approche de l’abeille. Cette dernière passait souvent la voir en butinant, sans répit, les senteurs de ses doux pétales d’un rouge tendre, comme la peau d’une femme qu’on accable de doux baisers.  Cette rose était spéciale : cette déesse aux trois prétendants; cette étoile récoltée par la terre, épouse désignée du soleil dans le ciel. 

L’araignée.
 
- Quand elle pensait à la rose, l'araignée ressentait sa douceur et son odeur  dans les moindres parcelles de sa petite carapace noire. Pour la séduire, elle lui tissait toujours une de ses plus belles toiles, croyant pouvoir la cacher du soleil et l'éloigner de l’abeille qui prenait l’habitude de la couvrir de ses doux baisers. Cette parade n’était pas seulement une provocation, mais également un bouclier, un marquage de territoire et un dangereux piège pour les prétendants de la rose: le soleil et l'abeille. 

Le soleil.
 
- Ce jour-là, le soleil était muet, mais très voyant dans le ciel, s’extasiant de bonheur pour montrer le sourire du jour. Il était flamboyant, rayonnant un peu plus fort que d’habitude, histoire d’éblouir un peu plus le vol de l’abeille jusqu’à lui faire perdre la tête. Il tenait à faire ressortir les traits de la belle toile de l’araignée qu’il jugeait, pour le coup, d’une médiocrité implacable; Il voulait montrer à la rose, sa dulcinée, les faiblesses de ses amoureuses : une pauvre tapissière d’araignée et une abeille ponctuelle  comme une cloche provinciale. Car, quand il s’agît d’aimer et de défendre son amour, les idées ne manquent pas aux êtres de la terre…

Puis vient dans le contre-jour, aux premières lueurs, cette cérémonie des amours de la rose sous le regard de la lune. Et ce jour-là,  l’abeille n’était pas venu  butiner au cœur, mais le cœur de la rose, son amour ; plus que matinale, elle s’envolait en direction de celle-ci, sans même ressentir l’existence de ses ailes; la rose, de son côté, se terrait dans un profond sommeil, sous la toile que l’araignée insomniaque venait de lui offrir. L’abeille avait une détermination sans faille; elle tenait à réaliser un miracle par amour, s’il le fallait, en brisant le piège de l’araignée, sautant au coup de son amoureuse avant de l’embrasser avec encore plus de tendresse.
 
Celle-ci, dormait encore, comme si elle rêvait  sans même sentir les premiers rayons que le soleil lui envoyait pour lui souhaiter le bonjour, comme à chaque jour. La lune impuissante assiste, comme un juge sans mérite, à cette  explication entre trois amoureux que le destin de la muse existentielle croise pour l’amour d’une rose. 

L’abeille.

- Pardonnez moi ma rose, j’ai le devoir de rester entière, sobre et respectueuse en  votre présence, dit fièrement l’abeille ; car, votre compagnie ne procure que douceur,  beauté et humilité tant que vous demeurez, même endormie, la plus belle des déesses de la terre…

Comme j’aimerais être ce dernier rêve qui vous garde encore un peu dans le sommeil, loin du soleil et de cette araignée qui fabule pour avoir vos grâces et vos généreuses faveurs, lança l’abeille, avec insistance, à la rose toujours plongée dans son sommeil.
 

L’araignée.-

- « Comment abonder après de telles flatteries, bien que véridiques à votre égard ma rose » lui murmure l’araignée, fatiguée de tisser des toiles d’amour en voyant ou en assistant passivement à ce fâcheux spectacle où des voleurs de reines s’acharnent à faire la cour à  sa douce rose...

Il est vrai que votre compagnie recouvre le temps de splendeur, de rayonnement et de douceur à l’infini; mais, méfiez-vous des flatteurs. Ils ont des ailes et rapportent souvent les dires des autres, Méfiez-vous Déesse merveilleuse…insista l’araignée auprès de la rose toujours endormie ».  

Le soleil.
 
Il était sage comme une tombe. Il se tordait de honte, malgré son rayonnement dans le ciel au cœur de l’aube qui rappelait  la beauté et l’énergie d’une jeunesse à fleur de l’âge; et, en dépit du  parfum de l’aube, son habilité à anticiper son réveil et de ses appels  de phare envers sa belle, la plus séduisante des roses de la terre, comme il le pensait, cette dernière dormait à pétales fermés; cette reine tellement courtisée se terrait dans son sommeil comme absorbée dans les bras d’un rêve qu'elle refusait de quitter volontairement. 

- "Ma douce, dit le soleil. Si la nature m’a placé à mille lieux de vous, elle doit avoir ses  raisons. En allant me coucher, j’emporte toujours avec moi votre image ma déesse pour embellir mon rêve ; quelle créature résiste à votre parfum de rose ? Je crains de nous brûler mutuellement, moi par ma chaleur et vous par votre fragilité, votre douceur, votre beauté et votre dévoilement.

Ma rose, lança le soleil, avec précaution; dormez ! si tel est votre souhait; mais, gardez-moi, ma douce, une place au centre de votre ciel; je fixe souvent la terre pour un regard envers vous ma reine. J’existe pour vous donner mon énergie, j’existe pour vous aimer d’énergie".

Un peu plus tard, nous avons appris que l’agent Ding avait finalement réalisé sa mission. Le seul pharmacien du coin l’a soigné. Clamant vouloir aider les hommes du village à se débarrasser des insectes qui rongeaient leurs plantations, ce merveilleux serviteur a déversé une dose mortelle d’insecticide dans le jardin communal, occasionnant la mort de la rose, l'araignée et l'abeille. 

Ce jour-là, la seule rose du jardin ne s’était pas réveillée. Elle paraissait inerte et sans aucun charme.

Et le soleil, pour marquer le coup, dans sa fureur et son désarroi,  demanda l’aide des nuages et des pressions qui les animent; et, dans le bruit du choc que seuls les éclairs connaissent le secret, ils ont fait trembler le ciel dans un torrent de tonnerre comme si la fin des temps était proche.

Une pluie furieuse se mit à tomber emportant avec elle, l’agent Ding et sa maison; et avant de rendre sa révérence habituelle à la nuit impatiente, il emporta une partie du ciel avec lui dans sa peine.

Il ne cesse de pleuvoir, depuis ce drame, à chaque printemps.



 
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