vendredi 22 août 2014

LA PHOTO DE CLASSE-CM2-





Dans ce numéro: La photo de classe- CM2-/Dessin et Photo: C.L.M/Edito: E.A

Vingt sixième parution
"La photo de Classe"
No: 26, Le Havre, France.
Réalisation: C.L.M & E.A



© Dessin et Photo: C.L.M/La photo de classe.



La photo de Classe –CM2-


Job a reconnu Vincent, sans hésitation vingt ans après, son ami et ancien copain de classe. Il a rendu visite à Amélie son acolyte, le mois dernier pour la soirée entre copains d’avant… Cette dernière, dit-il, n’a pas beaucoup changé ; elle est restée toujours aussi rayonnante et remplie d’une douce énergie. On croirait entendre Hergy; ce dernier parle souvent ainsi de sa femme de toujours; il était, depuis un certain temps, le copain qu’on avait attribué à cette charmante Amélie. Finalement, ils se sont mariés.

Jean est devenu aujourd’hui un professeur de maths, motivé et respectable, comme il rêvait de l’être. Nous l’avons appris de la bouche de Claire. Cette dernière excelle maintenant dans l'art de la photographie; elle est considérée pour sa curiosité qu’elle met en photos et sa manière singulière de voir les choses, les femmes, les hommes et toute cette belle nature.

Entre job et Claire une éternité de parcours s’est jouée, après près de vingt ans; chacun sa route, chacun son chemin, depuis cette fameuse photo de classe avant le passage dans le monde des grands. Ils ont partagé ce moment au ton grave d’appréhension. Ce moment se révèle  tellement important qu’il vous suit vingt ans ou peut-être même cinquante ans après…

Claire se rappelle précisément de cette date, de ce jour et de cet homme qui, tel un vieux sorcier, venait tirer le portrait des enfants, à chaque rentrée des classes. Elle se rappelle avoir confié à Nadine, sa meilleure amie outre que papa et maman, qu’elle était raide dingue d’amour, en mots d’enfant, pour le petit John; Son souhait était de voir sa maîtresse se transformer en magicienne ; ainsi, cette dernière serait capable du même coup, par bonheur, de la placer entre son amoureux et sa meilleure amie sur la photo. Depuis cette amourette, ils ne se sont jamais revus.

Voilà! L’heure fatidique approche; cette photo est bien celle qui détermine  toute une vie. Que dis-je, toute notre existence, dit le jeune Hubert. L’image qu’on y laisse nous suit et nous suivra à la trace. Elle doit être parfaite, et nous plus que parfait. Les mamans dégainent leurs meilleurs tours de main, pour aider les petites princesses et les petits princes qu’elles élèvent à tenir tête à cette adversité puérile…Pour une fois, nous pouvions nous retrouver dans la cour de récréation sans que quelqu’un ne vienne nous bousculer à coup de réprimande, pensa Job…La cour de récréation est une jungle; la photo de classe, son expression.

On ne se démène jamais assez pour garder la face, entre peur et frustration, regret et envie de franchir un pas de plus, un grand pas…Le photographe restera celui sur qui la foudre tonnera si, par malheur, cette fameuse photo se retrouve excellente, et nous hors cadre…pas dans le tempo. Il fallait mettre plus de lumière, et on le qualifiera de charlatan et d’impatient; les parents abondent souvent dans ce sens-là, quand leurs enfants sont mal présentés sur cette photo si déterminante.

Si l’on brise par mégarde notre miroir, dit-on, nous héritons de sept ans de malheur; mais, quand nous ratons notre photo de classe, avant de passer dans le monde des grands….nous vivons dans l’attente crispante de toutes les incertitudes…des vieilles blagues qu’elle aura inspirées, des moqueries qui vous pousseront à vous cacher, évitant de croiser le regard de cet ami avec qui vous avez appris à faire les quatre cent coups.

Après vingt ans, il devient difficile de compter les yeux ayant traînés sur ces photos: Les amis, la famille, les connaissances, les flirts…puis les étrangers, les saisonniers, les collègues de bureau…si tel est votre cas, alors vous deviez être plus que parfait. Mais hélas ! Tout comme les maîtresses, le sorcier et son capteur d’image ont des préférences. Bizarre !

Ce portrait de classe s'avère plus parlant que ce qu’on peut croire. Des rapports de force se flattent dans le hasard le plus parfait, figé dans le temps. Luc est un enfant turbulent, ce n’est un mystère pour personne. Alors, cela se voit sur la photo. Il a fait le coup du lapin à Hervé. Jeanne a toujours été la préférée des maîtresses; elle est devenue maîtresse elle aussi. Claire a photographié la cérémonie de mariage de Hergy et d’Amélie…Etc.

Cette photo de classe est une éternité et le restera; elle sera à jamais ce mystère, cette entrave, cette compétition enfantine, malgré qu'aujourd’hui, emprisonner une image devient monnaie courante…même en CM2.


E.A/Ruedesrumeurs.





© Tous droits réservés/Ruedesrumeurs/Le Havre, Août 2014.

jeudi 21 août 2014

Le journal d'un cancre!



Vingt-quatrième Parution
Le journal d'un cancre
No: 24, le Havre, samedi 12 Juillet
Réalisation: E.A & C.L.M

Dans ce numéro: Editorial,
 L'écriture, une aventure sans pareille
 (Extrait du manuscrit: Le silence seul est roi)
/Grimoires rient/Dessin et Photo: C.L.M

©Dessin et Photo: C.L.M


EDITORIAL



L’écriture, une aventure sans pareille.


A mesure que le cancre éprouve ce plaisir fou à écrire, l’écriture se révèle plus séduisante qu’aucune autre amante. A mesure qu'il s’enfonce dedans, sa peur grandit. Cette peur, comparable à une arme, si puissante, qu’elle serait capable d’exterminer tout un monde, avant de le reconstruire à l’identique, ou sous de meilleurs auspices. Ce monde ne ressemble à aucun autre. Il est unique. Et la peur qu’il procure adhère à un sentiment sans courbes ni rondeurs, mais séduisant et sans limite, comme le poids d’une muse dans la vie d’un féal.

Être un écrivain, c’est oser se lancer dans le vide, affronter la page blanche, l’assommer à coup de mots et d’idées qui, au départ, n’étaient qu’un joli marasme, une nasse gigantesque…Comme une vague s’énamoure pour les rochers, anonyme est la première phrase qu’on lance à la feuille…certaines fois, pour ne pas se perdre, nous faisons porter des noms et des chapeaux à des pépites de poussière; ces êtres, pour la plupart du temps, habitent nos intérieurs, jusque dans nos viscères. 

Dans ce monde, le ciel demeure une nappe brodée d’étoiles en or; une ripaille unique, où scintillent et dansent des astres, morts de vie, de jour et de nuit; une porte ouverte, sur les traverses de nos esprits.

A mesure que le cancre avance dans l’aventure de l’écriture, il se perd dans un labyrinthe d’une unicité qui le pousse à prendre congé de lui-même, en l’habitant  dans ses moindres profondeurs; il se catapulte dans des mondes où les dieux sont des hommes mieux armés, mieux lotis, mieux en tout…le rire lui chatouille les lèvres...on se retrouve dans un monde fait de chaos et de merveilles, filtrant, par petites gouttes, les mots, les maux et les hameaux de larmes joyeuses ou fébriles, avant de se transformer en cet hamac solide, tantôt hermétique, tantôt intemporel, tantôt anonyme.

Le temps est une boussole journalière; le seul capable de plonger les histoires dans le passé, les faire vivre ou revivre dans le présent, et les consigner  avant de les projeter dans le futur, tel un vœu ou un souhait; et dans l'espoir que des yeux curieux sauront les apprécier à leur juste valeur, tout simplement. Le temps est un des complices de l'écriture.

L’écriture oscille entre les vertus du purgatoire et celles du paradis. Elle vous ensorcelle avant de vous libérer. Elle vous brûle avant de vous soigner…Elle n’appartient à aucun camp et n'a aucune préférence. Elle se contente d'exister et de faire exister... Voilà pourquoi, nous nous entêtons à la suivre comme un bouddhiste fait pour atteindre le nirvana. 

(...)

(Extrait du manuscrit: Le silence seul est roi).  


***

Grimoires rient !

Ivre de plaisance
L’angoisse journalière et fébrile
De l’ange qui vole à plat ventre
Vers les cieux de poussières vertes.

Le museau en bandoulière,
Du chien de chasse
Chien de race qui rase
Le plancher amer.

La mer  circule à vive allure comme une rumeur
Qui fait bander les gueules,
N’y voyez pas  là bouches qui ronflent,
Le ciel est un tombeau d’étoiles.

Dans les marécages d’escargots liquides...
Le prêche s’avère boiteux
Dans la marre aux larmes joyeuses
Le panégyrique a trouvé son église.

Le ciel est un grand nuage
Qui nous regarde
Le jour au bout de sa ligne,
Vertige, nourricière de terre…

Silence ! Maintenant que pousse
Enfin le vent qu’emporte l’abeille,
De sa gueule de ruche,
Le miel est de saison, mon petit bonhomme…

L’étoile  blanche est une orange mon saigneur,
Superstition dans la brocante verbale,
L’oubli est le vaisseau de la mémoire.
Toute mémoire est une fleur d’oublis qui se consument.

Oh ! L’ouragan de soleil bachote,
Fille de Terra,
Nasse des dieux…
dieux qui changent de rang,
Comme nos chemises en sueur.

En ravalant ta pente, tu verras
La nuit assise dans la brume, inhalant le jour,
Sur le banc des trocs,
Dans sa pipe en fumée de paille.

Dans les organes de la rue…
Les égouts sont des pissoirs, pas une flûte de pan…
Entendons-nous, n’est-ce pas, monsieur Dandy ?



© Tous droits réservés/Ruedesrumeurs/
Le Havre/Juillet 2014


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