Amour




EDITORIAL


Mise en contexte : «  L’amour est souffrance ».

Ce jour là, j’ai rendu visite à mon ami D.A. Et on parlait de rien, surtout de tout : musique, notre groupe...etc.

Je ne me rappelle pas pourquoi, à un moment de notre conversation , il m’a lâché :

« L’amour est Souffrance ». Et voici l'histoire.

Je lui ai donc posé une question, afin de mieux comprendre ce sens premier que seul  lui pouvait donner à une telle affirmation. On a continué notre discussion et il a enchainé en m’expliquant ceci :
Aimer c’est se dépasser dans certaines situations, comme se lancer dans le vide avec pour seule assurance, une oreille, un cœur, une âme à aimer. Souffrir, c’est aimer et pardonner avec un dépassement obligé dans d’autres cas. Mais on regarde le monde autrement sans amour, et ce dernier souffre encore plus (j’ai cru comprendre cela). On manque d’attention sans amour…Donc vaut mieux aimer même si la souffrance n’est pas loin. Sans l’affirmer, je me suis pris la liberté dans cet exercice de compréhension de pousser cette réflexion un peu plus avec mon ami. Sa voix en fond, dans ce refuge à ciel-ouvert, la ferme du Mont-Lecomte, il m’a soufflé, dans le ballottement de nos dires par cet air moite de froid,  tu vois :

«  Il est difficile de trouver un sens à tout cela, mais il le faut ». Car, certaines fois, pour ne pas dire souvent, les réponses à cette première affirmation sont dures à fixer ». Il caille.

Alors il faut vivre l’amour, mais…

Je cogitais tout bas dans ma tête, en me perdant dans les multiples facettes que ces dires pouvaient laisser entrevoir. On a continué notre marche jusqu’à la rue qui borde les stades et Gymnases où, justement, des futurs (es) champions(nes) étaient, peut être, en train de vivre cette phrase.

Pour tout vous dire, voici comment j’ai pris ces mots :

[…]

L’amour est souffrance
Vivre alors sans amour voir la vie s’engorger dans cette froideur
Non. Plutôt mourir.
Pour certains l’amour se résume au foyer
Tel un feu consume l’arbre, le cœur abrite d’autres cœurs qui ne sont pas à nous
D’autres se disent appartenir à un clan, humains qui s’acceptent, se surveillent…
Et voilà, l’œil ouvert n’est pas à nous.
Si nous ne prenons pas le temps d’écouter notre cœur
D’autres le font à notre place tous les jours…
En gros, aimer fait de nous tous des docteurs.

Ewa/Daddylion
Pour Ruedesrumeurs.






L'HEBDO, QUATRIÈME PARUTION

Amour.
Numéro 4. Le Havre, 29 mars 2013.
Réalisation: C.L.M et E.A (ewabongolo)
Dessins et photos: C.L.M
Editorial: E.A (ewabongolo)/DADDYLION

Mention Spéciale: Lettre à mon pays Natal (Haïti)






Texte écrit dans le cadre de la participation de E.A au Festival littéraire: Le goût des autres (Le Havre).






Merci à Pascal Cottin, pour le premier regard.

Dans ce numéro: (Editorial, L'Hebdo: "Lettre à mon pays natal" texte écrit par E.A,  dessins et photos de C.L.M)




Dessin et photo: CLM.

"Lettre à mon pays natal", texte de E.A.





                                                                 Le Havre, 21h11, 23 Novembre 2012.

Lettre à mon pays natal. (HAITI)  

                                                                         

                                                                          « Tezen mon ami mwen Zen
                                                                            Tezen mon ami mwen zen
                                                             Tezen nan dlo, mon ami mwen Zen » (1)


« Terre de liberté, terre de droits, terre de feu, éternelle pucelle, que deviens-tu ? ».

A l’heure où je t’écris,  le temps est indécis. Il semble incertain de jeter un œil dehors, arpenter tes corridors noircis dans la suspicion et le blackout qui fécondent les rumeurs fertiles de tes cités dans le vent. Le bruit d’en bas la ville ne cesse de courir sur ton agonie. Je me bâtis des châteaux en Espagne rien que pour avoir un prétexte, recommencer à flirter avec la nostalgie de te revoir. On m’a dit que la terre a tremblé, mettant cabanes et bâtisses à genoux le long de tes ruelles engourdies dans l’errance de ces mains qui se cherchent, s’éloignent et s’ignorent. Des mains orphelines pour la plupart ; Ils sont partis, ces hommes, enfants et femmes, dans un silence froid, sismique et inactif, cynisme pathétique.  

J’ai veillé tard pour ta récente Vertières (2, a) et les nouvelles ne sont pas parvenues jusqu’à moi. J’ai donc repris tes lettres de noblesses, ton hymne, la « Dessalinienne », dans la tête et j’ai courtisé l’amante qui me rappelle ta robe, tous les jours, au bord de la rive. J’ai repassé tes troupes en revue. J’ai accroché tes emblèmes sur mes murs comme pour me rappeler ton premier souffle.

Vois-tu ? Tu as fait de moi un frivole, un frileux, un observateur, un voyageur qui distingue ce profil de mante que tu traînes avec toi, dans les clichés et portraits les uns plus débridés que les autres, de cette île vaillante à l’orée de son malheur que tu incarnes…ton souffle me manque dans l’étreinte que j’emprunte à Monet, faire de toi, l’espace de tous mes instants mon Havre. Mon île chérie.

J’ai appris que la province ne venait plus voir la ville sans une plainte. Les bouches  draguent cette disette permanente et chronique, misérable dit-on de la mirabelle, fuir les échos, l’éros que l’on te connaît perd de sa fumée aphrodisiaque au fil des jours et cette famine qui embrase les battements de tes ventres creux.

 Mais, tu n’as jamais été si près de ce petit garçon qui voyait passer cette bande de Rara (2, b) dominical, près de cette maman de ses beignets qui faisaient des heureux le long des marchés essoufflés dans la transe et la danse d’un mois de mars. Ciel embouteillé de cerfs-volants multicolores provocateurs de conflits, ton bleu unique me manque. 

 La terre qui a vu grandir cette demoiselle, mon Hermione, qui m’a précédée, car elle semblait avoir un cœur à faire pousser avant que l’amour qu’elle me porte n’explose le sien. Ma sœur.

Tu as vu mes siennes et mes scènes. Ma mère a grandi au sud de ta carte, la « Colline d’Aquin », là où nous prenions l’habitude fâcheuse, l’estivale pour se moquer du portrait que nous renvoyait notre fixette à la rivière. Cette créole t’a traversée avec ses rêves de jeune femme, avant d’atterrir dans cette capitale moulin, prêteuse sur gages, capricieuse et vilaine, puis dans les bras de ce jeune homme qui allait devenir, un peu plus tard, mon père.

J’ai vu le jour dans l’ouest de ta capitale folle. Ta furieuse qui frime pour un rien. Là, où les marcheurs, les campeurs, les braves se dressent contre les lâches qui arpentent nos pas comme pour nous encastrer dans le coucher du soleil. Soleil Ô ! Solèy Ô…ce cri me revient à chaque fois que je te chante mes cantiques riveuses, une colère que je consume et conjure en ton absence. Je ne cesse de compter tes saisons jumelles qui me manquent. Ici comme ailleurs, la vie semble traîner le souffle. Traînée des pieds. Ma tête en chambre-noir(e), cartonne tes facettes, archive tes maladresses que je dénote pour la plupart.  

Comme Tezen, il me manque un ami. Un confident. Une source. Une histoire sur la nuit. Une image. Alors dans l’angoisse de perdre les mots que j’aime te dire, te lire, t’écrire, je m’emballe de fantasmes que je souhaite vivre avec toi. Pays « Zenga » (3, a), « Pays Pinga (3, b), » Pays des hommes du soleil. Je fais souvent des songes, éphémérides que je collectionne, refaire ton visage et ta gueule ouverte dans le bruit des souffrances.

Alors comme d’habitude, je mime la transe de la danse de ton drapeau sur tambours et Lambis que je rassemble dans ma tête, faire du bruit, un Bourara (3, c), un marché de poissons  que je simule en permanence. Le vieux chêne n’a pas pris une ride dans mon esprit un peu panoramique.

Pardonne moi mon air prétentieux qui s’insurge à fustiger sa mère, sa terre, son pays. C’est vrai que pour commencer, je devrais me demander ce que je t’apporte à  toi. Il n’y a pas de mère sans le fils gâté que je m’estime, comme pas de fils sans cette mère, liberticide par effractions.

J’ai beau être dans un Havre de « Paix », je n’oublie pas pour autant le Havre de mon enfance. Je suis né et resté un enfant, un vaillant, je sais pourquoi maintenant. J’ai du traîner ton aisance avec moi, non, je t’écris comme si j’étais encore dans tes entrailles.

Ton bien-aimé. Ewa.


N.B: -1) TEZEN Chanson  d’un conte merveilleux en Haïti, «  TEZEN ». TEZEN est un personnage mystique, il a l’apparence dit-on d’un poisson dans un puits. Il fut l’ami d’un enfant maltraité.

-2) a) Vertières : Bataille de Vertières, ultime bataille pour l’indépendance d’Haïti, menée par le général Dessalines, ancien esclave, contre le général Rochambeau dans l’ancienne colonie française de Saint-Domingue (Haïti)
     b) Rara : bande (musique, carnaval) à pieds, où une foule de chanteurs s’exposent ensembles, fredonnent le même air,  célèbrent avec la voix, et d’autres instruments et/ou percussions, ce rituel culturel essentiel à Haïti.
-3) a) Pays Zenga  (Zenga est un mot retrouvé souvent dans le monde des temples où des coqs se battent jusqu’à épuisement ou mort). Cela suggère ici, associé à Pays, un pays de Bagarreurs, de vaillants aussi.
      b) Pays Pinga (Pinga renvoie à défit).
      c) Bourara : Brouhaha.




Remarque: "Lettre à mon pays natal" est un texte écrit par E.A (Ewabongolo) dans le cadre du Festival Littéraire " Le goût des autres". 


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Ruedesrumeurs/Tous  droits réservés/Mars 2013.





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